Nous avons été quatre mois sans recevoir de lettres de papa, et puis, en avril, un jour, arrive un petit mot très court, daté d’Anvers, où il nous disait qu’il se portait bien, et ensuite nous voilà de nouveau sans nouvelles!

Le papa de Pierre a été très grièvement blessé à la jambe en janvier, dans un combat près de Nieuport. Il a été soigné dans un hôpital de Paris. Naturellement Pierre et sa maman sont partis pour le voir, mais Pierre est revenu afin de ne pas interrompre ses études, et comme son papa a eu un mois de convalescence, il est venu ici et nous étions toutes bien contentes de le soigner et de lui entendre raconter ce qu’il avait fait avec son régiment. Il aimait beaucoup quand je lui faisais la lecture à haute voix; alors le soir, vers cinq heures, j’allais près de son fauteuil et je lui lisais ce qu’il voulait. Presque toujours c’était des livres sur la guerre, des carnets de route de militaires ou des articles de journaux expliquant les batailles depuis le commencement d’août. Oh! C’était pour moi un plaisir surtout quand on parlait de la Belgique dont je connaissais tous les endroits.

JE FAISAIS LA LECTURE AU CAPITAINE MASE.

Un jour, je me souviens, nous lisions les pages de gloire de l’armée belge; il arriva un passage où il était question de Louvain; le capitaine Mase me dit:

«Ma petite Noémie, je suis fatigué, voulez-vous aller me chercher ma pipe et puis nous continuerons plus tard notre lecture.

—Tout de suite, lui répondis-je, mais me permettez-vous d’emporter le livre pour le lire?

—Non, non, il faut que je montre quelque chose à Pierre.»

Je compris qu’il ne voulait pas me laisser lire ce qui suivait. Du reste, j’en ai parlé à Pierre qui m’a avoué que c’était un récit de l’incendie de Louvain, et que son papa avait craint qu’il ne m’impressionnât trop.