Le capitaine Mase est reparti pour le front, bien qu’il boitât encore et qu’il fût obligé de s’appuyer sur sa canne pour marcher, mais il avait déclaré: «Je veux rejoindre mes hommes qui ne m’ont pas vu depuis longtemps». Pierre a eu encore beaucoup de peine, mais il me disait: «Tu comprends, c’est tout naturel que papa veuille aller se battre. Le tien a fait de même. Il est resté à Anvers parce qu’il trouvait que c’était son devoir. Nous avons de chics papas.... Du reste, tous les papas français et belges sont pareils!»
Ensuite, nous avons eu beaucoup d’inquiétude pour Désiré que nous savions être sur l’Yser et qui a encore été cité à l’ordre du jour après la bataille de Mannekensvers où son régiment a tenu tête à toute une division allemande. Aussi, son régiment a pu écrire sur son drapeau: «Saint-Georges-lez-Nieuport» et Désiré nous a écrit dans la lettre où il racontait ce combat:
«Après toute une semaine de combats, nous avons été obligés de revenir sur la Panne. Sous nos uniformes boueux, lacérés, presque méconnaissables, nous, soldats harassés, encadrions notre drapeau qui a conquis avec un nom immortel la croix des héros».
Huit jours après, à Dixmude, il a été blessé. On l’a transporté à Dunkerque, mais comme, à ce moment, les Allemands voulaient prendre Calais et Dunkerque, maman ne put obtenir la permission d’aller le rejoindre. Heureusement qu’il y avait là-bas le sergent Vandenbroucque! Il a été si bon pour nous! Il allait chaque jour voir Désiré et écrivait tous les deux jours à maman. A peine Désiré a-t-il été guéri qu’il est retourné au Havre puis à Grenendyk où est son régiment.
BARBE AVAIT OUVERT LE VENTRE
DE SA POUPÉE.
Pauvre Tantine! Comme elle avait du chagrin de la blessure de Désiré, surtout de ne pouvoir le soigner. Un jour elle m’a dit:
«Tu sais, on ne nous permet pas d’aller à Dunkerque; mais, d’ailleurs, je ne pourrais pas faire le voyage, ta maman non plus. Nous n’avons pas d’argent et le peu que ta maman gagne suffit à peine à nos besoins. Songe donc, si nous n’avions pas Mme Moreau, qu’aurions-nous fait? Il ne serait donc pas honnête de nous servir de notre argent pour autre chose que pour payer notre nourriture. Naturellement, si Désiré avait été en danger de mort, ta mère serait partie, mais du moment qu’il n’est que blessé»
Quand Tantine parle de l’argent qui nous manque, je pense à ce que les Français ont fait pour nous. Mme Moreau est tellement bonne, elle aime tant maman qu’elle trouve toujours le moyen de la consoler et de l’aider à sortir de toutes les difficultés.