Pendant tout l’hiver, elle a confectionné avec maman nos robes, celles de Madeleine et de nos amies Marie et Louise. On s’est servi de robes anciennes pour les plus petites. Tout a été combiné en «commun», comme dit Mme Moreau.
Pauvre Tantine! Elle est comme papa, elle fait tout selon sa conscience!
Barbe a beaucoup grandi, mais elle est toujours volontaire. Quant à Phœbus, il est le même; il s’est attaché particulièrement au capitaine Mase, et je crois qu’il aurait bien voulu le suivre quand nous l’avons accompagné à la gare. Madeleine a «conquis brillamment», comme dit Pierre, ses brevets d’infirmière et passe toutes ses après-midi à l’ambulance.
6 juillet.—Il fait très chaud, les fenêtres sont ouvertes pour laisser entrer la fraîcheur du soir, et nous sommes toutes occupées à coudre ou à lire en attendant Pierre qui est allé chercher des nouvelles. Je regarde à la fenêtre et je le vois revenir très vite en tenant une lettre à la main. Je vais sur l’escalier et il crie en montant:
«Une lettre de Désiré! une lettre de Désiré!»
Naturellement, c’est à celui qui la prendra le plus vite. Mais Pierre, comme toujours, me l’a donnée à moi et je la porte à maman.
Après l’avoir décachetée avec soin, elle la lit à haute voix. Nous n’avions pas eu de lettre de lui depuis un mois:
«Ma chère maman,
«J’ai eu des nouvelles de papa par une femme qui est partie d’Anvers et qui l’a vu. Il va bien, mais il est très surveillé, car les Boches à la Commandantur sont terribles pour tous ceux qu’ils soupçonnent être intransigeants, tels que des Belges comme papa, par exemple. Ils ont condamné à des mois de prison des hommes, des femmes, pour un rien, et ont envoyé en Allemagne des civils qui leur résistaient.
«Notre cher papa jusqu’à présent a su leur échapper, et c’est heureux pour nos compatriotes, qui sans lui auraient été bien plus cruellement persécutés.