«DES NOUVELLES! DES NOUVELLES
DE BELGIQUE!»

«Papa, paraît-il, a dit à cette femme quand elle l’a quitté: Peut-être reverrai-je mes enfants plus tôt qu’ils ne le croient!» Que pensait-il en parlant ainsi? Croit-il que la victoire est plus proche qu’il nous le semble? Est-ce un projet qu’il mûrit? En tout cas, il sait où nous trouver et, s’il revenait parmi vous, quelle joie de l’embrasser! Pour le moment, je suis encore un peu fatigué lorsque je marche trop longtemps. Aussi mon capitaine m’a-t-il pris pour le moment comme secrétaire, ce qui ne m’empêche pas de travailler dur, je vous l’assure. Nous reformons le régiment qui avait été bien réduit à Saint-Georges et à Dixmude, et ce n’est pas une petite affaire. Beaucoup d’hommes sont très affaiblis et, quant aux vêtements, ils sont généralement presque en lambeaux. On a organisé à la Panne et au Havre des ateliers où des quantités de femmes confectionnent des habillements militaires; il paraît qu’elles gagnent assez bien leur vie.

«Il faut que je termine ma lettre, mon capitaine m’appelle. Croyez-vous que Phœbus puisse encore faire campagne?

«Mille tendres baisers pour vous tous.

«Désiré.»

Cette lettre nous donna beaucoup d’émotion. D’abord nous n’avions pas de nouvelles de papa depuis longtemps, et puis le voilà avec un projet dans la tête! Qu’est-ce qu’il compte donc faire?

«Tu comprends, me dit Pierre, si ton papa avait un projet sérieux, il ne l’aurait pas dit à cette femme. Il pensait à la victoire. Il sait que bientôt il y aura l’offensive de Joffre.»

Je voyais bien que maman était très soucieuse. Aussi lui ai-je demandé si elle avait de l’inquiétude.