«Oh non! pas précisément, mais il est évident que cette phrase ne peut que nous faire réfléchir.»

Tantine Berthe ne disait rien. Je me suis approchée d’elle doucement et je lui ai dit tout bas:

«Bonne Tantine, à quoi pensez-vous?

—Je pense, ma petite Noémie, que si, à la Panne, des femmes travaillent pour nos soldats et gagnent leur vie, nous devrions y être.

—Tu voudrais quitter Montbrison?

—Oh! je ne le voudrais pas; mais je sens que c’est notre devoir à tous les points de vue.

—Quelle tristesse s’il faut partir et nous séparer de nos amis!

—Ma petite, tout est tristesse depuis que les Allemands sont entrés chez nous!»

Je regardais Tantine à ce moment-là; elle était assise sur un fauteuil près de la fenêtre comme nous l’avions vue si souvent à Louvain dans sa gentille maison. Mais comme elle paraissait changée! Elle ne se tenait plus si droite, ses mains tremblaient et elle avait l’air tellement triste et tellement malheureux que je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer.

Elle me prit dans ses bras, m’embrassa, et me dit: