«Ma petite enfant, n’aie pas de chagrin. Je ne te dis pas que nous allons partir; je n’en sais rien moi-même; nous réfléchirons à tout cela.

—Mais je ne pleure pas pour cela....

—Alors, pourquoi?»

Je ne voulais pas lui dire ce que j’avais pensé; je lui répondis:

«C’est à cause de papa... j’ai peur que nous ne le revoyions jamais!

—Mais, sois donc courageuse! Jusqu’à présent, il est en bonne santé; Désiré a été grièvement blessé et il peut reprendre son service et, vois-tu, même Phœbus—elle ajouta cela en souriant—il a retrouvé sa patte enlevée par un obus!»

Ce sourire de Tantine était loin d’être gai, et je pensais à son petit jardin de Louvain plein de fleurs, que les Boches avaient dû brûler! et à notre chère maison aussi!

Pendant que nous causions, Barbe avait voulu savoir ce qu’il y avait dans le corps de sa poupée Francine; elle avait pris des ciseaux, et coupé son ventre. Naturellement, le son qui le remplissait se répandit par terre, Barbe poussa alors des cris de désespoir et trépignait de rage.

Dans ces cas, Phœbus veut la consoler et lèche les joues de ma sœur, en ayant l’air de lui dire: «Tu sais, ne pleure pas, cela n’a pas du tout d’importance, tu cries trop, c’est insupportable»; puis, très agité, vient me chercher et me ramène vers Barbe. Avec bonté, Mme Moreau, qui la gâte toujours, a cousu tout de suite une belle pièce sur le ventre de Francine en y remettant du son. Seulement la pièce était faite avec de l’étoffe rose, tandis que le corps de la poupée était très blanc. Barbe allait recommencer à crier. Pierre lui dit:

«Mais, tais-toi donc, on a toujours le ventre rose; il n’y a que les nègres et les Chinois qui l’ont noir ou jaune, et Francine est une petite Belge!»