«Très fort, je bégayais en patois:
«Le lieutenant a signé, mais, pas vous, Monsieur le secrétaire.
«—Triple idiot, tête d’abruti, ma signature n’est pas nécessaire. Va et tais-toi.
«—Bah! vous savez, avec vous j’aime mieux deux signatures qu’une!»
«Il ne comprit pas, mais mes voisins sourirent. Je replaçai les papiers dans le paquet du Hollandais et je montai dans le train. Je n’ai respiré que dans la gare de Rozendaal, car je ne craignais plus les Allemands! Pourtant, par excès de prudence, j’ai gardé mes vêtements de paysan et je suis parti pour Flessingue où je me suis embarqué pour l’Angleterre. Dans la semelle de ma chaussure j’avais placé mes papiers d’identité d’origine belge. Ils me servirent alors et je pus atteindre la Panne où j’ai rempli ma mission. Je reste ici pour le moment. A Anvers, ma disparition a passé inaperçue; en tout cas, le bourgmestre devait dire que j’étais malade. Le mieux, mes enfants, est de venir me rejoindre au Havre. J’ai une situation qui pourra nous faire vivre, et si nos ressources sont trop minimes, on trouvera à travailler pour nos soldats. Je préfère que nous soyons de nouveau réunis en attendant le moment où nous retournerons reconstruire nos foyers détruits!
«Je vous embrasse comme je vous aime.
«Hollemechette.»
Cette lettre avait été lue au milieu d’une grande émotion. Pierre bondissait de temps en temps en poussant des hurrahs! et des «Vive papa Hollemechette!» Maman était obligée de s’arrêter de temps en temps, car la voix lui manquait.
«Tu vois bien, me dit Pierre, que ton père avait une mission de la plus haute importance!»
En disant cela, il tira une des boucles de Barbe. Elle se retourna en criant: