«Du reste, madame, ne croyez pas tout ce qu’on dit; beaucoup de civils ont quitté Louvain et sûrement votre mari aura emmené votre fille.»
Barbe écoutait la conversation en ouvrant ses grands yeux; elle comprenait tout très bien, car elle s’écria:
«Mais, maman, et tante Berthe? Elle est bien avec papa, elle n’a pas été brûlée comme l’Université?»
L’officier regarda Barbe et dit à maman:
«Voulez-vous me laisser embrasser votre petite? Car moi aussi j’ai un bébé qui est aussi gentil qu’elle.»
Il embrassa Barbe, et après, il voulut mettre lui-même maman dans un compartiment où il n’y avait encore personne.
A Termonde, on annonça que les chemins de fer n’iraient pas plus loin, car toutes les locomotives avaient été prises pour les armées et dirigées sur Lille et Charleroi.
Alors, on a mis tous les enfants et toutes les mamans dans une salle d’attente où il y avait de la paille par terre. Maman voulait sortir pour trouver une chambre, mais un soldat lui dit:
«Restez là, car on va tâcher d’avoir un train pour mener tout le monde à Gand, et puis, en ville, tout est sens dessus dessous. Tâchez de prendre un coin pour dormir avec vos petites demoiselles.»
Maman portait Barbe qui pleurait et qui voulait absolument retourner à Louvain. Elle serrait Francine dans ses bras, et maman eut beaucoup de peine à l’installer dans une de nos couvertures; je me suis couchée de l’autre côté de maman, elle nous tenait chacune par un bras, j’avais ma joue appuyée contre la sienne, je me suis endormie; mais je suis bien sûre que maman n’a pas dormi, qu’elle a pleuré, parce que, lorsque je me suis réveillée, j’ai trouvé son mouchoir, tombé à côté d’elle, qui était tout mouillé.