Gand, 5 septembre.
Nous avons appris beaucoup de détails sur Louvain hier. Nous ne savons pas ce que papa et Madeleine sont devenus, mais nous savons que l’Université et la Bibliothèque sont entièrement détruites! Aujourd’hui, maman ne peut retenir ses larmes, et la femme Greefs fait tout ce qu’elle peut pour la consoler.
Je veux tout écrire. A Gand, en descendant la rue de Flandre après être sorties de la gare, nous avons été arrêtées par le passage d’une troupe de boy-scouts, accompagnée de musique et de drapeaux. Deux boy-scouts battaient du tambour, un autre jouait du clairon, et devant eux un petit Écossais de la cornemuse. C’est maman qui a dit que cet instrument s’appelait une cornemuse; c’est bien amusant. Ils jouaient la Brabançonne. Barbe sautait de joie. Une femme cria:
«Oh! regardez celui-là, il va à Ostende voir le Roi, c’est la troisième fois qu’il passe ici. Il est de Louvain.
—De Louvain! s’écria maman, il faut que je lui parle.»
Et, sans attendre la réponse, vite nous nous sommes mises à courir derrière les boy-scouts.
Ils se sont arrêtés derrière le château de Gérard-le-Diable. Une foule énorme les entourait; maman est arrivée tout près d’eux et s’est adressée à celui que la femme avait désigné comme venant de Louvain. Il était très grand, et avait une figure maigre et des yeux très vifs, un peu comme ceux de Désiré.
Maman lui dit:
«Mon cher garçon, est-ce vrai que vous venez de Louvain? Racontez-moi tout ce que vous savez. J’ai laissé là-bas ma fille, mon mari, soyez bon et donnez-moi les nouvelles que vous avez.
—Ah! madame, je vous raconterai tout ce que je sais. Il s’en est passé des choses là-bas! et ils ont brûlé et....