Je suis assise à une petite table, dans une chambre très étroite du séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Maman est à côté de moi, Barbe dort et j’entends le petit Pierre, dans la chambre à côté, qui parle à sa maman.

«ON VA PASSER LA REVUE DES SOLDATS
VAINQUEURS A LA MARNE.»

Nous sommes abritées, mais maman n’a plus du tout d’argent; nous n’avons pas de nouvelles de papa ni de Madeleine, ni de Tantine Berthe, et maman se demande ce que nous allons faire.

Je reprends mon récit au moment où j’ai achevé d’écrire quelques pages de mon journal dans le train qui nous conduisait à Paris. Après beaucoup d’arrêts dans des gares ou même en pleine campagne, nous sommes arrivées à Paris à sept heures du soir.

Le petit Pierre m’avait raconté son histoire. Ses parents habitaient dans une ville du nord de la France, à Maubeuge. Son papa était directeur d’une usine de machines. Il était officier de réserve et avait quitté sa maison le jour où la guerre avait été déclarée avec la France. Pierre était resté seul dans la maison avec sa maman. Alors ils avaient appris toutes les mauvaises nouvelles, et un jour ils entendirent le canon qui ne cessait pas de gronder.

«Tu sais, me dit le petit Pierre, c’était terrible et très excitant; je voulais toujours sortir, parce que j’aime surtout les artilleurs: mon papa est artilleur. Mais maman me le défendait.»

Un soir, le commandant vint dire que toutes les femmes et les enfants devaient quitter la ville dans les deux heures.

Alors le petit Pierre et sa maman prirent quelques vêtements, de l’argent et un peu de pain et ils partirent.