Alors nous avons déménagé, au grand bonheur de Barbe, de Phœbus et de Pierre.
NOUS AVONS VU DES BLESSÉS A LA LÉGATION DE BELGIQUE.
Nous allons habiter rue Bonaparte, dans une espèce d’hôtel qui a un petit jardin, tout petit. Il n’a pas de fleurs comme le jardin de Tantine, mais il est très joli avec du lierre tout autour sur les murs et un beau treillage au fond. Nous nous asseyons dessous avec Pierre et Barbe, et nous jouons là toute la journée; Phœbus se met au soleil et il semble très heureux.
J’ai trouvé dans un coin du jardin, sur un peu d’herbe, une pauvre poupée étendue, les bras ouverts, et toute mouillée. Elle avait l’air tout à fait pitoyable. Elle avait dû être laissée là par une petite fille qui avait quitté Paris subitement; aussi je l’ai ramassée et je l’ai mise avec soin sur la cheminée d’un grand salon.
Maman, en quittant le séminaire, avait promis à Mlle Suzanne de venir chaque jour pour raccommoder du linge. Elle me dit:
«Écoute, ma petite Noémie, je veux aller là-bas pour aider ces pauvres femmes à soigner leurs enfants; seulement, cela m’ennuie de vous laisser ainsi sans rien faire. Occupe-toi un peu de ta sœur. Ne pourrais-tu pas commencer à lui apprendre à lire?
—Oh! madame, interrompit Pierre, laissez-moi lui apprendre à lire, cela m’amuserait tant, et je serai très sérieux, je vous promets!»
Maman se mit à rire; elle riait maintenant, depuis qu’elle avait eu des nouvelles de papa!