Je le regarde, interloqué.

- Mais voyons, avant que ton affiche soit imprimée, tous les Chinois auront lu l'autre ?..

- Non.

- Tu veux les faire arracher ? C'est long.

- Non ! Je les fais recouvrir. Les troupes qui nous suivent seront employées de diverses façons et ne viendront pas dans la ville avant midi. À cinq heures les irréguliers circuleront en tirant des coups de fusil. La police est prévenue. Les bourgeois n'oseront pas sortir pendant plusieurs heures. Les autres ne savent pas lire. D'ailleurs presque toutes leurs affiches seront recouvertes avant trois heures. Demain - ou plutôt aujourd'hui : il est une heure - à huit heures, il y en aura cinq mille des nôtres, sur les murs. Nous en tirerons cent mille sous forme de papillons. Vingt ou cinquante affiches que nous aurons oublié de recouvrir ne pourront rien contre cela, d'autant plus qu'elles ne seront pas connues avant les nôtres !

- Et s'ils profitaient de cette mort pour tenter quelque chose ?

- Rien à faire. C'est trop tôt, ils n'ont presque pas de troupes ; eux-mêmes n'oseront pas. Quant au peuple, à supposer qu'il ne nous crût pas sans réserves, il hésiterait. On ne fait pas un mouvement populaire avec des hésitants. Non, ça va.

- S'il ne s'est pas tué...

- S'il s'était tué, nous aurions bien d'autres choses contre nous !

-... il faut admettre que ce sont ceux qui bénéficient de l'affiche bleue qui l'ont « suicidé » ?