Les cadets parcourent la ville.

Pendant toute la matinée, les agents se succèdent chez Garine, dont cette nuit blanche a encore creusé le visage. Affalé sur le bureau, la tête dans la main gauche, il dicte ou donne des ordres, à bout de nerfs. Il a fait imprimer de nouvelles affiches : La fin de Hongkong. Les Anglais quitteraient la ville en grand nombre, les banques auraient annoncé la fermeture définitive de leurs agences (c'est faux : les banques, obéissant aux ordres de Londres, continuent à aider autant qu'elles le peuvent - non sans rechigner - les entreprises anglaises). Mais, d'autre part, afin d'obliger le Comité des Sept à le suivre, il fait annoncer par nos agents que Chowtchow est tombée, et que l'armée rouge - la seule à laquelle le peuple soit attaché - n'est pas encore montée en ligne.

À midi, des éditions spéciales des journaux, des affiches et de larges pancartes de calicot promenées à travers la ville ont annoncé que les commerçants et industriels de Hongkong (presque toute la population européenne), réunis au grand théâtre hier, ont télégraphié au roi pour demander l'envoi en Chine de troupes anglaises. Cela est exact.

Borodine a déclaré au Comité qu'il ne s'opposait pas à la promulgation des décrets proposés par Tcheng-Daï contre les terroristes, et ces décrets seront appliqués à partir d'aujourd'hui. Mais nos indicateurs affirment qu'aucune réunion anarchiste n'aura lieu. Ling n'est pas encore arrêté ; quant à Hong, il a disparu. Les terroristes ont décidé de ne plus intervenir que par « l'action directe » - c'est-à-dire par les exécutions.

Plus tard.

Tcheng-Tioung-Ming avance toujours.

À Hongkong, les dépêches annoncent avec des titres énormes : « La débâcle de l'armée cantonaise. » Les Anglais, dans le hall des hôtels et devant les agences, attendent anxieusement des nouvelles de la guerre ; mais dans le port, que raye seulement le sillage de jonques lentes, les paquebots sont toujours immobiles comme s'ils s'enfonçaient peu à peu dans l'eau, épaves.

L'anxiété des Chinois au pouvoir, ici, est extrême. L'entrée de Tcheng à Canton, c'est pour eux le supplice, ou l'exécution au coin d'une rue, par ces pelotons dont les officiers pressés n'ont pas même le temps de contrôler l'identité des fusillés. L'idée de la mort est dans les conversations, dans les yeux, dans l'air, constante, présente comme la lumière...

Garine prépare le discours qu'il prononcera demain aux funérailles de Tcheng-Daï.

Le lendemain, onze heures.