—Eh ben on va essayer, mon gars.
P’tit Pierre soupira. Et il regarda la mer douce par-dessus la jetée où séchaient les filets bleus, l’horizon fuyant des soirs de beau temps, les molles vaguettes qui chantaient sur le sable, les barques pensives, hochant à peine du mât, et le grand ciel blanc où le soleil glissait en s’élargissant.
Derrière lui, le tumulte de l’auberge croissait avec le crépuscule. Alors il se détourna brusquement et s’en fut boire aussi, à la table où Crozon trinquait avec le boiteux pour sceller l’engagement.
Le temps passa, P’tit Pierre prit de l’âge et devint un gars robuste et bien nourri. Chez Zacharie il avait remplacé, en qualité d’ouvrier, Firmin partit sur le trimard. Et la Bernard l’admirait avec cette joie de femme qu’ont les mères à sentir l’homme s’éveiller dans leurs enfants.
Elle le gâtait de plus en plus d’ailleurs, lui cuisinait des petits plats et l’entretenait abondamment de maillots confortables. Elle avait refait son matelas en mêlant de la plume à la laine. Et elle ne le nommait plus «P’tit Pierre» mais «le gars», parce qu’il était pour elle le fils unique en quelque sorte, le seul qui ait bien voulu rester près d’elle et dont la présence devenait l’habitude essentielle de sa vie.
Florent avait rengagé dans la flotte, après ses quatre ans de service, en dépit des représentations de ses parents.
—Je suis mieux là qu’à pêcher la sardine, disait-il. Je gagne une retraite sans me fouler. Alors? La terre?... Je sais point travailler ça!
La mère l’avait traité de: «fils ingrat» en faisant mine de le chasser; Bernard l’excusait au fond, tout en protestant pour sa bonne femme; seul P’tit Pierre l’approuvait et l’enviait au souvenir de la journée de Saint-Nazaire, toute remplie de soleil, de joutes, de régates, où la mer était couverte de navires formidables.
Sans négliger l’atelier, P’tit Pierre naviguait maintenant le soir et le dimanche avec Cul-Cassé dont il était devenu le grand ami. Pas de régates dans la baie où il n’assistât; pas de nouvelle barque au port qu’il n’accourût voir; et si l’on avait besoin d’un coup de main sur un sloop, il était toujours là, les bras offerts.
Exact à la maison, aux heures des repas, il ne s’y attardait point, malgré les prévenances. Il disait, sans humeur, par plaisanterie, «qu’il n’était plus d’âge à rester dans les jupes»; et Bernard clignait de l’œil d’un air entendu en déclarant: