Toutefois, le maître Choudens partit seul de Chantilly le lendemain, et gagna Paris seul encore, puis le contrôle de la première étape, Rouen.

Il avait refusé de prendre officiellement part aux délibérations du jury, mais en amateur, en curieux, toujours énigmatique et froid, il examinait les bêtes et ne soufflait mot.

Or, la réserve singulière de M. Choudens devant les plus belles bêtes, celles qui étaient parvenues à Rouen dans le meilleur état de fraîcheur et de santé, inquiétait fort les propriétaires. Ce grand vieillard, avec ses yeux jaunes et sa bouche pincée, cet oracle redouté de tous les maquignons de France, cet omnipotent Choudens répandait la terreur parmi les moins timides concurrents du raid.

«—Enfin, M. Choudens, lui disait-on, ma jument est magnifique de condition, voyez-la donc…

—Sans doute.

—Je crois que j'ai une bonne chance… n'est-ce pas?

—Peut-être.»

Il ne parut se réveiller un peu que devant deux chevaux, Brin d'Amour, au lieutenant Flotte, et Helléniste, au capitaine de Roy, deux animaux qui cependant faillirent être disqualifiés pour la seconde épreuve, tant ils étaient arrivés las, essoufflés et piteux. Mais M. Choudens les considéra longuement, dans tous les sens, inspecta leurs yeux, calcula leurs pulsations, écouta leurs flancs:

«—Messieurs, fit-il aux deux cavaliers, vos chevaux m'intéressent beaucoup. Je vous suivrai très attentivement.»

Mais quoi? M. Choudens avait-il donc lancé quelque sort aux pauvres bêtes? Ces paroles bienveillantes contenaient-elles un sens néfaste? L'aube du lendemain naissait à peine que le capitaine et le lieutenant frappaient à sa porte: