—«Ah… et je suis sûre que les femmes du monde vous font la cour?

—«Peuh, pas tant que ça, pas tant que ça… D'ailleurs, elles ne vous valent pas.»

Il y a toujours, dans les orchestres tziganes, un damné violoncelle et de perfides violons qui vous rendraient amoureux de n'importe qui. Le moyen qu'Armand n'eût point cédé à ces valses qui l'entraînaient, au champagne dont il avait trop bu, au parfum de cette Adeline, si pénétrant—cette Adeline qui déjà lui racontait en confidence qu'elle était de bonne famille, que sa mère avait été bien belle, qu'elle-même avait eu, il y a trois ans, un amour immense et tragique!

La nuit s'avançant, ils avaient changé de place et murmuraient maintenant dans un petit coin. Il ne restait plus chez Maxim que les initiés, les habitués, ceux et celles qui ne se couchent jamais avant le fin matin. On avait retiré plusieurs tables, et les tziganes arrachant à leurs instruments des sons irrésistibles, on dansait. Armand se leva, saisit voluptueusement la taille d'Adeline, et tourna comme dans un rêve.

—«Ecoutez, dit-il tout bas en la ramenant à sa place, tenez-vous à rester la nuit ici? Si nous partions…

—«Qu'est-ce qui vous prend!» fit Adeline indignée. Puis sur-le-champ elle ajouta: «Filons, mon chéri.» Et ils disparurent sans plus attendre.

—«Ce petit d'Oinèche ira loin, observa Constant.

—«Mes parents me l'ont toujours dit», répliqua Gilbert de Lorizon.

III

Le victorieux Armand ne put malheureusement employer que huit jours à «aller loin» cette année-là. La date de son service militaire devait mettre fin à une carrière si brillamment commencée. Et encore cette malheureuse huitaine se trouva-t-elle gâtée par l'incroyable obstination de son père, de sa mère et de ses sœurs, lesquels ne pouvaient comprendre qu'Armand montrât tant de goût pour Paris, ni qu'il prétendît passer toutes ses soirées dans cette ville où personne, en novembre, ne devait être encore revenu. Les d'Oinèche habitaient Chantilly presque toute l'année. M. d'Oinèche, sans doute, nourrissant dans la capitale de tendres relations avec une chanteuse qui le trompait, s'y rendait fréquemment; mais il n'admettait pas que son fils pût y aller pour la même raison: «Il en aura bien le temps plus tard», concluait-t-il fermement.