Cependant, en Hariale, bien loin de Pontmorin, le piqueur Monjoye, abandonné de tous, hurlait toujours, et ne cessait d'appuyer ses chiens.
«—A la voie, mes beaux, criait-il, à la voie, aoh, aoh, aoh... Ah, vous êtes toujours là, monsieur Thierry? Vous ne quittez jamais, au moins, vous... Eh quoi, leur feu, cela ne nous regarde point! D'ailleurs, monsieur le baron n'a pas donné l'ordre d'arrêter. Et puis une chasse, une fois commencée, c'est comme la messe, il la faut mener jusqu'au bout.
—Jusqu'au bout, Monjoye, jusqu'au bout!»
Ils prirent leur cerf à deux lieues de là, dans un carrefour obscur, et le farouche Monjoye sonna triomphalement, pour eux tout seuls, les fanfares réglementaires.
II
Le feu dura jusqu'à sept heures. Au début, ce fut magnifique: l'incendie rutilait et ronflait dans les ténèbres avec furie, on savait qu'il n'y avait plus personne au château, et toute la chasse demeurait là, assistait au spectacle comme si on l'y eût priée par invitations. On se disait d'un air compatissant: «Quelle horreur, croyez-vous!» mais on pensait: «C'est de toute beauté, et je vais raconter cela ce soir à Paris.» Une animation extraordinaire régnait; on s'agitait, on parlait haut.
Quelque poutre même étant tombée au plus fort du sinistre, une gerbe de flammes jaillit jusqu'au ciel, et ce fut à peine si l'on se retint de pousser un de ces «ah» d'extase dont on salue les pièces inattendues dans les feux d'artifice.
Enfin les secours s'organisèrent peu à peu, et les invités se rappelèrent soudain l'heure du train, car on commençait à leur faire tenir des tonneaux d'arrosage et porter des seaux pleins. D'ailleurs, le feu s'éteignait visiblement, et bientôt même il s'apaisa tout à fait. La pauvre marquise, entourée par Sylvie et Pauline, ne pouvait prononcer une parole. Quant à François, il avait vite recouvré son sang-froid, et se contentait maintenant d'évaluer les pertes.
«Le salon seul, disait-il, la salle-à-manger et une partie de l'étage supérieur ont brûlé. La moitié du château, en somme, reste debout. Mais elle est désormais inhabitable. Je pense que la compagnie d'assurances paiera. En tous cas, elle ne nous rendra ni la statuette, hélas, ni surtout le portrait de mon aïeul Jean, qui pour moi valait tout le reste.» Il crânait.