L'agence consultée répondit au bout d'une semaine que François de Caumais-Simier en était à toute extrémité. La compagnie d'assurances payait sans doute, mais la vieille marquise, inconsolable devant son château ruiné, s'était mis en tête de le rebâtir, sans que rien la pût détourner de ce projet funeste. Tout l'argent acquis allait donc passer là. Aussi les créanciers de François obtenaient-ils jugement sur jugement contre l'infortuné, qui s'engageait par détresse dans des procès désespérés. Ajoutons qu'il se voyait au même instant chassé du foyer familial par une mère irritée, dont il s'obstinait en dépit de tout à vouloir faire constater la folie et assurer l'interdiction.

Allons, François de Caumais-Simier en avait bien pour un an avant que de se tirer d'un tel désastre. Certes, l'ingénieux marquis était trop fin pour n'en pas venir à bout par quelque joli tour; mais on n'allait toujours pas le revoir de si tôt. On avait tout son temps. Parfait.

Amédée Paqueret s'en fut trouver Ambroise Drayfus: «Eh bien, où en êtes-vous avec Sylvie? Lui avez-vous écrit?

—Je lui ai parlé.

—Que dit-elle?

—Bah, je pense que tout s'arrangera. Mais elle est exigeante, votre amie.»

L'habile directeur se gardait d'avouer qu'il était rigoureusement décidé à ne point livrer une seule ligne de son écriture à Sylvie devant qu'il n'eût obtenu de celle-ci de sérieuses promesses et des garanties respectables: quoi d'étonnant du reste à ce qu'il s'entourât ainsi de précautions? Il risquait beaucoup dans cette entreprise: non que la baronne Levaître demandât une fortune pour reparaître en scène, au contraire; mais elle se montrait intraitable sur les frais de publicité: il fallait que des articles enthousiastes s'en fussent annoncer la bonne nouvelle jusque dans les journaux chiliens et sibériens, que des portraits parussent à la fois à Buenos-Ayres et à Pékin, dans la république d'Andorre et à Yvetot, que les cours étrangères fussent averties, que l'on fût assuré d'avoir au moins le soir de la première une avant-scène garnie d'ambassadeurs ou de ministres, tandis que Gabrielle Aurély se mourrait dans l'autre; qu'un dais fût tendu devant la porte et que l'on tâchât d'obtenir que les membres de l'Institut vinssent en costume. On jouerait enfin n'importe quoi, mais ce qu'il y aurait de plus cher à ce moment-là dans le commerce dramatique.

«—Oui, repartit Amédée, voilà des conditions un peu lourdes. Mais c'est une partie que vous engagez avec plus d'un atout dans vos cartes, convenez-en.»

Puis, ce furent d'opportunes visites dans l'hôtel de la rue Murillo. A tout propos, Paqueret venait s'y délasser, disait-il, mais en vérité éclaircir quelque doute en Sylvie, exalter quelque trouble en Pauline. Il prenait à part l'une et l'autre: un si vieil ami! un si bon parrain! on se laissait aller.

«—Vous bouleverserez l'Europe, disait-il à Sylvie, et nul n'osera s'en plaindre.