—Pas même Pauline?

—Elle sera fière de vous. Vous savez comme elle vous aime.»

Et à celle-ci: «Eh quoi, petite, toujours triste?

—Triste, non; malheureuse, oui. Je sens bien, allez, je comprends bien pourquoi il est parti. Il n'ose pas se mettre entre Sylvie et moi. C'est un lâche.

—Ne sois pas injuste, Pauline. C'est au contraire un loyal et honnête garçon. Il s'est éloigné sans doute pour tenter l'épreuve de son amour.

—Je n'ignore pas le lieu de sa retraite, d'ailleurs, vous le pensez bien. J'irai, si cela me chante.

—Non! Ce ne serait ni digne, ni joli. Qu'en sais-tu, d'ailleurs? Peut-être se sent-il encore un peu pris par Sylvie...»

Pâlissant sous l'offense, mais trop orgueilleuse pour s'en plaindre, Pauline se taisait. Quant à la baronne Levaître, c'est à peine si elle songeait une fois le jour à ce garçon, sans doute fort beau et bien agréable à la chasse ou dans un lit, mais dont à tout prendre elle n'eût su que faire dans une loge de théâtre, pendant des répétitions, un soir de première surtout. Où le mettre en effet, à quoi eût-il servi, qu'eût-il dit?

Les deux amies allèrent en Normandie tout en rêvant ainsi. Non loin de Trouville, Etienne Levaître avait jadis fait élever une villa au milieu d'un jardin d'où l'on découvrait la mer. Mais cette année-là, les reporters mondains furent contraints de ne citer qu'à peine dans leurs comptes-rendus la toute charmante baronne et sa jeune belle-fille, puisque celles-ci laissèrent passer la grande semaine sans guère paraître aux courses, ni ailleurs: bien plutôt les rencontrait-on assises au bord des flots mourants, vaguant par la campagne, habitant leur jardin, ou devisant chaque soir au logis, tout simplement.

Paqueret avait promis de passer une huitaine auprès d'elles. «Il faudra, espérait l'une, qu'il ait revu Ambroise Drayfus.—J'exigerai, décidait l'autre, qu'il rappelle Marc.»