Quant à moi, nulle angoisse n'avait surpris ma volonté en cette étrange circonstance: ni romanesque incertitude, ni extase. Je n'avais douté, ni ne m'étais perdu en des rêves orageux, non plus que je ne m'étais senti déconcerté. J'avais résolument accompli mon devoir, sans autre souci que de n'y commettre aucune faute. Je m'étais surtout souvenu du collège et du catéchisme de persévérance, ce qui n'allait pas sans ennui. D'ailleurs, pourquoi me fussé-je troublé? Je n'avais point la foi, et n'éprouvais rien, hormis la crainte de ne pas tromper assez bien.

L'abbé s'était révélé à moi comme le plus avisé et le plus admirable père spirituel.

—«Vous direz, murmura-t-il, le Confiteor. Vous en avez pesé les termes. Récitez-le de toute votre âme.»

Il ne m'interrogeait point, il ne me demandait en aucune façon: «Le réciterez-vous sans réserve mentale ni arrière-pensée?» Il me chuchotait seulement avec la plus ferme douceur: «Faites ceci, dites cela», de ce ton qui signifie: «Nous pensons de même, maintenant, c'est entendu: par conséquent, vous allez faire ceci, dire cela.» Et son regard, derrière la grille, ne pouvait rencontrer celui de mes yeux baissés.

«Voici, ô mon Dieu, songeait-il sans doute, voici donc un enfant prodigue. Est-il bien repenti? N'importe, qu'il entre toujours... Qui sait s'il ne restera pas à jamais dans la chaleur du foyer?»

Où l'abbé Duregard, en tout cas, témoigna de la plus merveilleuse et sainte autorité, en quoi il me confondit par son aisance, comme par sa gaîté, ce fut lors de notre première rencontre après la confession. J'avais fait amende honorable pour toutes les fautes de ma vie; lui-même avait exigé une promesse formelle de rupture avec mon passé—oh! non pas exigé en termes rigoureux, mais enfin, sans absolument me contraindre à répondre, il avait supposé à haute voix, à mi-voix plutôt, que j'allais lui faire cette promesse, que je la lui faisais. Il m'avait parlé, lui qui était du même âge que moi, comme un conseiller chargé d'expérience, presque comme un maître, tout rempli d'infinies précautions que se fût montré celui-ci—et aujourd'hui, j'avais l'étonnement de le retrouver riant, allègre, tout occupé de son journal et des élections prochaines: ses yeux mêmes ne se rappelaient rien. Ainsi, après leur être apparu émouvant et sacré, tout brillant d'or sous la chasuble, aux clartés des cierges, ainsi se faisait-il reconnaître des fidèles ensuite, dans la rue, tandis qu'il saluait l'un ou l'autre, dispos, robuste, paisible, et balançant sur ses jambes solides sa soutane où la marmaille des pauvres s'était frottée le matin, en y laissant mille taches. L'abbé Duregard était bien vraiment «l'homme qu'il faut en la place qui convient», selon l'expression des Anglais. Je l'admirais, et j'avais toute confiance en lui.

Il s'en doutait bien, d'ailleurs.

Je le reconduisis un soir jusqu'à la porte qui donnait sur la pelouse, à travers mon jardin. Il était six heures, le vent faisait rage, et l'hiver s'annonçait.

—«L'on n'y voit goutte, dis-je à l'abbé. Attention au buis, à droite, et garez-vous du sapin, là, devant vous. J'aurais dû prendre la lanterne.