Yvonne pensait évidemment tout cela, et certes elle se réjouissait, bonne croyante, à voir une âme reconquise, et l'une des âmes qui la touchaient davantage. Néanmoins, je n'en fus averti par quoi que ce fût, ni le plus furtif des gestes, ni même un hochement de tête, un battement des cils, rien enfin, rien!... Et depuis que je connaissais Yvonne, il en allait ainsi. Dissimulation? Pudeur maladive et folle? Ou plutôt n'était-ce pas que son cœur à l'agonie n'avait plus battu qu'à peine, après que nous avions perdu notre fillette?
Cependant il me faut dire que le jour de ma communion, j'ai rencontré les yeux d'Yvonne. Quand je me suis assis pour déjeuner—j'arrivais en retard, et les deux femmes se trouvaient à table—j'ai prononcé d'abord quelques mots vagues touchant la bise ou des dégâts de gibier, dont on m'avait rebattu les oreilles ce matin-là. Je me servais, je rompais mon pain. Soudain, je levai les yeux: Yvonne me regardait... Et il y avait—oh! oui, j'en suis sûr!—une émotion profonde sous ces paupières, qui se fermèrent bien vite, effaçant la vision exquise—une émotion douce et sans doute heureuse, telle que je ne pensais plus en voir jamais se trahir sur le visage si las et si clos.
Inondé de joie, bouleversé, j'ai dû baisser la tête: debout, je crois que le sol m'eût manqué.
Après le déjeuner, Yvonne se rendit au cimetière: c'était son jour, le jeudi. Par chance, elle y alla seule. Aussi bien, Thérèse l'eût-elle accompagnée, que j'eusse attendu quelque occasion meilleure, voilà tout.
J'ai suivi ma femme sur la pelouse, et l'ai rejointe un peu avant qu'elle n'entrât dans le cimetière.
—«Ah! fit-elle d'une voix que je reconnus mal... Tu vas par là?
—Je t'accompagne.»
En même temps, je passai mon bras sous le sien. Qu'elle était mince, à présent! Elle grelottait, en outre.
—«Tu as froid?