—Non.
—Je croyais...»
Cependant le vent glacé nous faisait courber la tête: nous avions l'air d'un couple qui tout à l'heure sera vieux, et qui commence à frissonner en se serrant, quand l'hiver vient. Je portais sur le dos une grosse pèlerine: d'instinct, j'en eusse enveloppé les épaules d'Yvonne, afin de la protéger contre la rafale, contre tout! Je lui aurais dit: «N'aie plus peur, appuie-toi, confie-toi, ma petite Yvonne, laisse, laisse-toi aller...» Mais je craignais de sembler théâtral: un rien nous eût blessés tous deux.
Dans le cimetière carré, nous connaissions, elle et moi, le plus court chemin. Nous fûmes à la tombe en un moment: Yvonne s'y agenouilla, les doigts éperdument joints. D'habitude, je demeurais debout. Mais ce jour-là, je me suis agenouillé, moi aussi...
Yvonne ne priait plus. Elle ne prononçait même plus de paroles tout bas: mais les yeux levés, en extase, elle semblait contempler un miracle, celui qui se produisait là, tout contre elle, à son côté.
Elle se releva enfin, et par un geste charmant, posa sur moi sa main légère:
—«François! balbutia-t-elle... Notre petite...»
Nous nous sommes étreints longuement, et nous pleurions, l'un près, tout près de l'autre, enfin!
Puis nous revînmes du même pas vers la maison, en nous tenant par le bras, et parlant de ceci ou cela, affectueusement.
Si, le soir, Yvonne a remercié Dieu du fond de l'âme pour ma conversion, j'adressai, moi aussi, mes profondes actions de grâces à tout ce qui m'a formé la volonté, et cloué au fond du cœur ce commandement des hommes: «Fais ce que dois—et fais-le bien.»