—«Madame, lui dis-je, je vous jure que je vous parle en toute confiance. J'éprouve pour vous une admiration profonde. Ne me traitez pas comme un enfant. Causons avec la plus entière simplicité, voulez-vous?»
Propos saugrenu, presque grossier, et tellement fat! A peine venait-il de m'échapper, que j'en avais déjà honte. Mais loin de se montrer choquée, la marquise Gianelli, par un geste imprévu et tout spontané, me prit la main:
—«Et moi, vous ne savez pas comme je vous estime. J'ai aussi compris ce que vous valez. Soyez mon ami. Si, soyez-le... Regardez mes yeux: est-ce que je mens? Sont-ce là les yeux d'une trompeuse, ou d'une coquette? Venez me voir très souvent, tant que vous voudrez. Nous parlerons des choses qui nous intéressent. Apprenez-moi encore votre vie, comme tout à l'heure, dites-moi ce que vous faites, là-bas, à toute heure du jour... Apaisez ce regard noir et inquiet... Nous allons boire du porto, tous les deux... J'ai été un peu bébête: je vous demande pardon, mon camarade... Voulez-vous plutôt de l'asti? Oui, je sonne pour de l'asti: nous allons faire la fête!»
Elle souriait, et son sourire illuminait tout! Et sa voix chantait de plus belle... Cependant, sa main longue, nerveuse et sèche avait, en quelque sorte, laissé comme un gant sur la mienne: et je n'osais bouger, craignant de rompre l'enchantement.
Bientôt, levant sa coupe pleine:
—«A votre santé, fit-elle, mon camarade.»
Je bus en riant, mais sans répondre.
—«Vous ne voulez pas, reprit-elle, m'appeler votre amie, votre camarade?
—Je voudrais. Seulement...