—«Monsieur, nous nous trouvons devant une menace pressante de péritonite. Le péril n'est sans doute pas immédiat, mais en tout cas il est latent, et peut-être prochain. D'abord de la métrite infectieuse puerpérale, devenue chronique, et pour laquelle je me suis inquiété déjà souvent. Puis la maladie, comme je le prévoyais, a suivi son cours normal, et nous avons rencontré cette double salpingo-ovarite, également chronique: en voici une poussée particulièrement aiguë, et non sans quelque danger très sérieux, à moins que nous ne nous résolvions à une intervention chirurgicale, qui me paraît indispensable. Je vous demanderai une consultation...»

Tel fut, dans les mêmes termes, l'avis des savants consultés, le lendemain, tandis qu'Yvonne reposait, un peu plus calme déjà.

—«Et à la suite de l'intervention? demandai-je aux docteurs.

—Ensuite?... Eh! parbleu, convalescence, puis guérison.»

Cependant, le plus considérable et, si l'on peut dire, le plus «gradé» des médecins devait me prévenir:

—«Votre bébé se trouve heureusement en un parfait état de santé. C'est un grand bonheur pour vous d'avoir vu naître cette charmante et vigoureuse fillette... bonheur qui, hélas! ne saurait se reproduire après l'opération inévitable, dont nous devons décider au plus vite, je vous le répète avec l'assentiment de ces messieurs... l'opération inévitable.

—Ah! docteur... ma pauvre femme... si je vous comprends bien... ne pourra donc plus être mère ensuite?... C'est cela, c'est bien cela que vous me dites?

—Oui, malheureusement, monsieur.»

Ces paroles m'avaient atterré. Une grande part de l'avenir s'écroulait là, d'un coup, comme un palais splendide qui, brusquement, se fût à demi effondré sous mes yeux!

Sans doute, un instant après je ne songeai plus qu'à Yvonne en perdition si le chirurgien tardait seulement. Et sans doute aussi l'opération réussit à merveille, et moins de cinq semaines après, ma femme souriante s'asseyait devant sa fenêtre ouverte au bon soleil: si bien que je ne tardai pas à l'emmener, à l'installer à Chantilly, où m'appelait mon nouveau poste... Mais pouvais-je tout bas m'empêcher de penser que jamais, jamais plus nous ne reverrions à la maison un second être fragile aux yeux étonnés, pareils à ceux de notre petite Hélène, et qu'Yvonne était en somme estropiée, oui, estropiée...