Nous tenant par le bras, nous allâmes nous promener assez loin. Au delà des villas, à Quiberon, il est une petite plage entièrement déserte. L'on s'y croirait au commencement du monde: rien que les dunes, les roches, le sable vierge, des coquilles légères, la mer qui se roule en liberté, le vent qui souffle. Parfois une hirondelle solitaire y arrive du fond du ciel, vole en silence, va, vient, vire, s'ébat: elle est chez elle.

Nous nous sommes assis longtemps sur cette grève où montait la nuit. Les galères d'Ulysse n'allaient-elles point doubler le cap, et jeter l'ancre?... Je tenais Yvonne par le bras, tendrement, délicieusement. Je lui dis que Chantilly me semblait bien vide, que peut-être maintenant fallait-il rentrer, que le feuillage se rouillait, que c'était déjà la saison des feux de fagots dans la cheminée, des brumes en forêt...

—«Nous partirons demain, si tu veux» murmura Yvonne.

Et je frissonnais de pitié, car j'évoquais devant mes yeux, ainsi qu'elle-même à coup sûr le faisait en cette minute, la chambre close, la chambre muette où notre petite Hélène n'était plus.

—«Nous partirons...» reprit Yvonne, sans lever la tête.

A ce moment, l'angélus tinta, je ne sais où: le son lointain s'émietta sur la plage comme du cristal fragile et fin. Yvonne se leva soudain:

—«Revenons, fit-elle. Je voudrais entrer un instant à l'église.»

Ce fut encore ce mot qu'elle me dit, la pauvre blessée, quand nous approchâmes du seuil où l'attendait l'affreux souvenir, à Chantilly. Elle me serra les doigts dans sa main tremblante:

—«Attends, supplia-t-elle tout bas, attends un peu! Je ne peux pas... Il faut qu'avant j'aille prier... Mon Dieu, quelle tristesse! Attends encore, François...»

La voiture passa notre porte, et je la regardai, fou d'émotion, qui pénétrait courbée dans l'église, suivie par Thérèse Gervonier.