Plus tard, je murmurai:

—«Toute ma vie, Yvonne, toute ma vie...»

Elle devint glaciale encore, durant un moment... Ah! pauvre petite, c'est qu'elle adressait une action de grâces, je l'ai compris par la suite: et j'aurais peut-être dû, ingrat que j'étais, me jeter à ses pieds... Mais une femme qui prie tout bas inspire d'abord du respect.

Laissons là mes entrevues avec M. Leguel. Je n'étais pas bien riche, Yvonne non plus: nos dots unies firent néanmoins une petite somme qui nous permettait la vie paisible. Cependant mon titre officiel surtout enchantait mon futur beau-père: je l'eusse très vivement contrarié en paraissant à l'église, le jour du mariage, sans être revêtu de mon uniforme vert.

—«Ce serait grand dommage, mon cher François, faisait-il, vous qui avez une taille d'officier de cavalerie!»

Il eût proféré sur le même ton: «Vous, mon enfant, qui sautez si bien à la corde!»

Sur quoi, il m'emmenait à la brasserie pour souper «en garçons», ainsi qu'il disait à Yvonne en clignant de l'œil. Il discourait: «Dans la vie, mon cher... Le bonheur d'Yvonne... Mes occupations...» Je m'aperçus tout de suite que ses propos n'étaient jamais utiles: et je pris dès lors l'habitude de lui répondre machinalement, ainsi qu'on fait «Dieu vous bénisse!» lorsqu'un voisin vient d'éternuer. Nous sommes bien d'accord, mon beau-père et moi.

Cependant, si les grappes de cousines et le bataillon des parentes, tant jeunes que vieilles, m'avaient au début diverti, je m'en trouvai bientôt las, une fois marié. A tout instant, Yvonne quittait pour la journée Lyons-la-Forêt, où nous habitions:

—«Tu rentreras pour dîner?

—Mais oui.