Marie vint en effet...

Marie, ma chère Marie! A Rome, pour la première fois, elle m'avait promis de n'être plus pour moi que Marie, si je consentais à me rendre le lendemain à la villa d'Este: hélas! le soir même j'avais dû partir.

Puis, à Paris, dès ma seconde visite, qui fut tendre, gaie, délicieuse, j'avais ainsi nommé ma grande et somptueuse amie.

—«Pour Stéphane, m'avait-elle répondu, j'étais en dernier lieu la reine Bérénice.

Invitam dimisit!»

Je m'attendais à ce qu'elle ajoutât: «Sed non invitus!» Ne savait-elle pas le latin? J'étais surpris qu'elle ignorât quoi que ce fût: je la croyais non pas une femme savante, mais une fée capable de tout. Il me semble que j'avais entièrement perdu la tête... Marie! Nom commun, nom de campagne, nom de la servante qui va rentrer les poules ou porter un billet chez la voisine, nom de chez nous, combien il m'a paru sentir la rosée, la fumée des villages, la menthe et le muguet, ce joli nom de rien qui ne servait qu'à moi!

Car pour tout autre, pensais-je, la marquise Gianelli ne s'avançait qu'entourée de scandale et de légende, comme une courtisane chargée de panaches, de joyaux et d'orfroi. Pour Yvonne elle-même, je me figurais que l'aspect seul de mon amie eût évoqué à la fois le sang des Napoléonides, la slave indolence des Doneff, la noblesse pontificale et romanesque des Gianelli, le glorieux reflet du grand poète Courrière enfin... Je doute cependant que Marie-Dorothée, que Marie, soit apparue si ornée devant les yeux de la froide Yvonne.

—«Cette dame viendra à la maison? m'avait demandé celle-ci.

—Mais oui... Pourquoi non? Elle désire t'être présentée. Cela te contrarie?