—«Comment as-tu trouvé la marquise Gianelli? lui demandai-je.
—Belle, et mise à ravir.
—N'est-ce pas?... Nous avons fait un grand tour: nous avons passé par la Table, les étangs, Orry, Montgrésin, Pontarmé... Devine à quelle heure...»
Mais Yvonne est sortie de la pièce. Elle n'a point claqué la porte. Elle n'a ni haussé les épaules, ni pincé les lèvres, ni boudé, ni rien autre. Quand elle rentra, même, elle souriait. Seulement, me laissant au beau milieu de mon récit, elle est paisiblement sortie de la pièce, voilà.
Trois semaines après, j'arrivai un beau jour à l'Hôtel Marceau, décidé à faire un coup d'éclat. Une farouche intrépidité se lisait sur mon visage, et j'admirai ma contenance énergique, reflétée par les glaces dans le hall d'entrée.
Marie logeait toujours en ce palace. En vérité, elle ne savait où habiter, hésitant à vendre ou démeubler son palais du Transtévère, afin de s'installer dans Paris, et répugnant d'autre part à regagner Rome, car trop de souvenirs cruels l'y attendaient, sans parler peut-être de ce qu'elle eût laissé ici, de moi enfin... Qui peut dire?... En tout cas, l'on allait bien voir! J'étais un homme qui étouffait d'amour, et non un soupirant que l'on amuse!
Quand je pénétrai, froidement résolu, dans le boudoir d'acajou, Marie écrivait—en russe!—à sa mère vénérable. Sa robe tailleur orange et noire, telle une grande orchidée, rehaussait tous les tons de la pièce: et ses mèches brunes tombaient sur ses joues et son front, jusqu'à lui cacher presque les yeux, clairs comme des turquoises parmi tant d'ombre. En m'apercevant, elle posa sa plume et sourit:
—«Comme vous voilà sévère! fit-elle.