Yvonne bondit, se leva presque.

—«Ne mens pas! Pourquoi mentir? Qui t'interroge? C'est stupide!...»

Puis, se laissant aller sur les coussins:

—«C'est stupide, oui... Et cela me fait encore plus de peine... Je ne te prie pas de me dire tes secrets. D'ailleurs, tu n'as pas de secrets. Je devine toute ton existence, et tu le sais bien: tu m'as trompée et abandonnée à l'époque la plus atroce de ma vie...

—Non, Yvonne, oh! non, pas cela: je ne t'ai pas abandonnée! Je n'aurais demandé qu'à demeurer ce que je fus pour toi, un instant, quand nous nous sommes mariés, en Bretagne. T'en souviens-tu seulement?... Mais c'est toi qui m'as éloigné par ta froideur inouïe.

—Je me suis toujours montrée bonne épouse.

—Oui, mais... évidemment, ce n'est pas de ta faute... tu ne sais pas aimer, ma petite Yvonne, tu n'as jamais une tendresse, une caresse... Tu ne t'es jamais épanchée que tout bas, à l'église et sur ton prie-Dieu!»

Elle se cacha la figure dans les mains. Quelle brute j'étais, pourtant! Venu pour m'approcher d'elle, pour l'apaiser un peu, s'il était possible, voici que je la tourmentais davantage. Je m'assis contre sa chaise longue:

—«Mais tout cela ne fait rien. Écoute, Yvonne... Tu es organisée d'une certaine manière, moi d'une autre. J'ai pu rencontrer des amitiés plus... semblables à moi-même... ou moins discrètes... Mais je te le jure devant ton Dieu, à qui tu t'es remise, je n'ai pas un seul moment cessé de te chérir profondément. Ah! tu peux me croire. Je pèse mes mots, en honnête homme!»