Mais le suprême entre tous ses mérites, la plus incontestable qualité qu'il ait, c'est assurément de pouvoir avaler du thé à toute heure du jour, sans trêve ni plainte, mieux que cela même, le sourire aux lèvres et comme en se jouant. A Paris en hiver, à Puteaux au printemps, à Deauville au mois d'août, en Touraine pendant l'automne, il ne cesse de boire du thé. De frêles mains lui en apportent des tasses pleines, qu'il accepte avec grâce et qu'il épuise… Ah! nos Mascarilles, au XXe siècle, ne portent ni perruques insolentes, ni scandaleuse petite oie. Ils ne dansent plus la pavane, et ne font plus de madrigaux extravagants. Que non! Ils sont bien plus nuancés, bien plus délicatement ridicules. Ils sont couleur de lune, pour ainsi dire, couleur de thé, ils sont thé comme la lune…
Qui ne sent donc à quels abominables snobismes littéraires ils doivent se vouer tout naturellement? On ne parle pas sans cesse impunément d'art aux jeunes femmes, une tasse fragile aux doigts, on ne fait pas renaître la vieille tradition falote du dandysme, hélas, sans être prêt à aimer éperdument les psychologues en 1888, Oscar Wilde en 1889, les socialistes russes en 1890, les poètes symbolistes en 1892, les romanciers italiens en 1894, les prophètes anarchistes en 1896, les dreyfusards en 1897, les antidreyfusards en 1898, etc. etc.
Car Mascarille est éternel, parbleu! Qu'il se montre impudent ou réservé, qu'il sable le bourgogne ou s'enivre de thé, qu'il arbore des rubans ou revête un veston de tennis, il n'a de goût que pour la « tricherie », que pour ce qu'on n'entend pas très bien, que pour le pathos et la poudre aux yeux. Il aime à lire :
Un oiseau flagellé des vagues aveuglantes
Va s'assommer sans voir aux récifs assassins,
Et fait noyer aux flots une loque sanglante :
Ainsi s'est déchiré mon cœur
Aux pointes roses de tes seins.
Ou bien :
Je dors, je n'ai pas mal, je respire si peu,