[24] La Comédie à cheval, ou Manies et Travers du monde équestre, Jockey-Club, cavalier, maquignon, olympique, etc., par Albert Cler, ill. par MM. Charlet, Tony Johannot, Eug. Giraud et A. Giroux (Paris, Bourdin, 1841, in-12, 153 p.).

Aussi nous conte-t-il, sur la foi d'un vétérinaire au service de Méhémet-Ali, une historiette ingénue. Certains fils d'Albion, en Egypte, s'en étant venus proposer à des Arabes de faire courir des chevaux de pur sang, qui leur appartenaient, contre des chevaux du pays, les indigènes auraient accepté.

« — Mais il nous faut six semaines pour l'entraînement, observèrent tout d'abord les Anglais.

« — Et pendant combien de jours courra-t-on? répliquent les Bédouins stupéfaits.

« — Combien de jours? On courra pendant une heure.

« — Fi donc! Trois heures pour le moins. Autrement, ce serait une dérision. »

Le jour de l'épreuve, on voit, à la grande stupéfaction des nomades, arriver sur le terrain choisi de petits bonshommes « bottés, maigres, pâles ou jaunes », menant en main « deux grandes machines mouvantes », enveloppées dans des couvertures.

Enfin, dit Albert Cler (p. 79), « tandis que le groom amaigri s'élance sur sa monture efflanquée, décousue, un grand et vigoureux bédouin saisit son arme favorite et se place gravement sur un cheval de taille ordinaire, qui prélude en sautant, jouant autour de la tente qu'habite la famille de son maître. La femme, les enfants viennent le caresser, et l'ami du Bédouin promet du regard, de vaincre l'étranger. »

Inutile d'ajouter, n'est-ce pas, que, selon notre auteur, les pur-sang anglais sont honteusement battus et, la course finie, demeurent sur place roides et demi-morts, tandis que les chevaux arabes, « dispos, impatients, frappent du pied la terre, hennissent avec force, s'agitent, se tourmentent, et semblent appeler leurs adversaires à de nouvelles luttes »?

Que dirait aujourd'hui ce puéril Albert Cler, s'il savait que ses pauvres petits chevaux arabes, en réalité, galopent à peu près comme des ânes ou des mulets derrière les puissantes et splendides machines que sont les chevaux de courses ; que dans toutes les luttes hippiques, fussent-elles de vitesse ou de fond, durassent-elles plusieurs jours, comme les grands raids sur route, qu'il s'agît de sauts d'obstacles, de longues manœuvres militaires ou d'épuisantes chasses à courre, c'est toujours et partout le triomphe universel des animaux de pur sang ; que des distances de 2.400 mètres sont couvertes par ces êtres volants en deux minutes vingt-huit secondes, comme dans le Derby français de 1905, et en deux minutes trente secondes, comme dans le Derby anglais de la même saison ; qu'il y a des courses pendant toute l'année, d'une façon ininterrompue, sur tout le territoire français ; que certains mois durant, les Parisiens s'y rendent presque quotidiennement ; que des prix de plusieurs centaines de mille francs y sont disputés ; et que le gouvernement se préoccupe enfin du sport hippique comme d'une institution sociale, non moins nécessaire à notre République que les circenses l'étaient à la plèbe romaine?