[27] Le seul qu'il fut possible d'isoler et de préserver de la contagion, est arrivé second dans le Derby d'Epsom.
Au moment d'une lutte suprême, il arriva de même jadis qu'un héros fameux dans l'histoire, le légendaire César Borgia, avait tout prévu et s'était assuré toutes les chances de réussite, mais il se trouva brusquement malade, lui aussi, dans le temps qu'il eût fallu le mieux s'employer : et ce grand prix qu'il convoitait, une couronne héréditaire, lui échappa ainsi « sur le poteau », si l'on peut dire. Dans le cas Borgia, il y avait certes du poison. Ne songera-t-on pas aussi à ce vieux moyen de mélodrame pour l'étrange cas Edmond Blanc?
De graves esprits peuvent tenir en mépris les courses et ceux qui s'y attachent. Il n'en est pas moins vrai que plus d'un psychologue, et plus d'un artiste surtout, y trouveront matière à méditer comme à longuement admirer. Il est plus raisonnable d'applaudir la noblesse chevaline et les belles bêtes victorieuses sur l'hippodrome, que de se laisser surprendre par des aristocraties moins évidentes et des héros moins purs. Voulez-vous une émouvante nouvelle? La glorieuse jument Camargo fut amenée un jour dans le harem de Flying-Fox. On n'ose songer sans trouble au poulain qui sera né de tels parents. Et quel est le rêveur un peu teinté de lettres qui, lisant l'annonce de cette entrevue impressionnante, se sera défendu d'évoquer la noble Thalestris, reine des Amazones, en ce jour mémorable où elle se présenta, suivie de trois cents guerrières toutes resplendissantes d'airain et d'or, devant le camp d'Alexandre le Grand.
« — Que viens-tu faire, illustre Thalestris? lui demanda le Macédonien.
« — Je viens pour avoir un enfant de toi, ô roi des rois. J'en suis digne. Si c'est une fille, je la garderai. Si c'est un garçon, il te sera remis. »
Treize jours, assure Quinte-Curce, furent employés à la satisfaction de son désir.
Le souvenir d'une pareille scène en impose.
NOBLESSE HUMAINE
Un gentilhomme ne réussissait point à Chicago. Non qu'il fût laid ou gauche — au contraire! Mais on avait beaucoup épousé ces messieurs pendant ces derniers mois. Bref, on se trouvait un peu las en Amérique des marquis et des comtes ; il fallait réveiller l'attention. Que fit donc notre gentilhomme? Une annonce, tout simplement, une belle annonce dans les journaux de Chicago : « M. le comte de X…, au dernier bal du milliardaire Y…, a perdu une bague d'or ancienne à ses armes (ici, description des armes) ; le comte de X… tient par dessus toute chose à cette bague dont la reine Elisabeth fit jadis le don gracieux à l'un de ses ancêtres. Le comte de X… promet mille francs de récompense à qui la lui restituera. » Inutile d'ajouter, n'est-ce pas, que le dit comte n'avait jamais ni possédé, ni par conséquent perdu la moindre bague donnée par Elisabeth. Mais dans la semaine, huit ou dix demandes en mariage arrivaient à son hôtel.
Un autre gentilhomme, d'ancienne et célèbre famille, se trouve dans une situation financière peu magnifique. Il est même couvert de dettes, s'il faut tout dire. Or un abominable laideron existe de par le monde : c'est la fille d'un roi du sucre américain, d'un grand banquier juif ou d'un richissime propriétaire bulgare. Le gentilhomme d'ancienne et célèbre famille, au lieu de travailler en quelque autre métier, n'hésite pas : il épouse publiquement le laideron, lui loue son titre, et voilà le gîte, la nourriture, le chauffage, le blanchissage et les voitures assurés pour longtemps.