[15] Pétrone, entre autres, nous le présente (Satyric. LXXXVI) comme un cheval de prix, mais le dit alors croisé de race macédonienne, asturconem macedonicum ; et Martial, qui le cite également (XIV, 199), ajoute dans l'épigramme : ad numerum rapidos qui colligit ungues. Or, ces derniers mots définissent, non le galop, je pense, mais le trot, et plus spécialement l'amble.

Ce que nous savons des chevaux de guerre, qui accomplissaient, quand leurs pieds non ferrés les portaient toutefois jusqu'au bout, de longues campagnes, nous démontre leur aptitude à supporter la fatigue des routes, mais nous éclaire peu sur leur qualité. Avouons, si l'on veut, que les anciens montaient un bétail résistant, voilà tout. Qu'on se rappelle la surprise des Romains devant la cavalerie d'Annibal, composée d'animaux africains beaucoup plus rapides, beaucoup plus vifs, beaucoup meilleurs, et aussi endurants.

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Si l'on veut maintenant examiner non plus tant les chevaux eux-mêmes que les talents hippiques des anciens, on verra qu'ils ne pouvaient aller bien loin. Depuis les premières chevauchées[16] jusqu'à la fin de l'empire romain, quels progrès notoires ont-ils accomplis? Ils montent toujours en gars de ferme, sans étriers, avec des selles primitives et des essais de mors. On peut voir cependant d'après la statue d'Herculanum, dite « Alexandre combattant »[17], qu'ils avaient de la souplesse ; et conclure de certains conseils que donne Xénophon, comme par exemple de laisser complètement libre la tête d'un cheval qui saute un fossé ou gravit une montée[18], qu'ils avaient compris plusieurs règles premières de l'art équestre. Mais que devait-on attendre d'une cavalerie dont chaque homme, ne pouvant se dresser sur ses étriers, manquait de force soit pour lancer le javelot, soit pour frapper avec son glaive, soit pour contenir ou diriger sa bête?

[16] Diomède et Ulysse, sous Troie, laissant le char de Rhésus, sautent sur ses chevaux et reviennent au camp des Grecs au galop (Iliade, chant X). La première course au cheval monté eut lieu dans la 33e Olympiade, en 648 (Albert Martin, les Cavaliers athéniens, p. 166).

[17] Musée de Naples.

[18] Equitation, VIII.

Haranguant ses soldats découragés au milieu de l'Asie, le même Xénophon les exhorte à ne point s'attrister d'être à pied, tandis que les ennemis, eux, sont à cheval : « Car suspendus à leurs chevaux, ceux-ci, dit-il, ont peur, non seulement de nous, mais aussi de tomber[19]. »

[19] Anabase, l. III, ch. II.

Et plusieurs siècles encore après, l'on constate, en lisant une épigramme de Martial[20], que la chasse à courre elle-même devait passer pour bien dangereuse, bien casse-cou : « Plus souvent, écrit-il en terminant, le cavalier y reste-t-il que le lièvre. » Encore en ce temps-là donc, les Romains tenaient bien peu solidement à cheval — ou ce Priscus, à qui l'épigramme est adressée, était spécialement mauvais écuyer? Mais Martial nous l'eût dit, hésitant peu d'habitude à signaler les ridicules physiques de son prochain.