III. Ratu dans la tranchée.
Bientôt, la compagnie dont Ratu était le plus bel ornement, gagna le front, s'avançant par degrés, et s'installa dans les tranchées de première ligne. Ratu fit toutes les marches, sagement installé dans la musette de Fiquet. Quand il avait faim, ou voulait voir le paysage, il criait: Marraine, et Fiquet déboutonnait un bouton de la musette, pour que Ratu passât sa petite tête noire. Il était alors commode de lui donner sa part, gardée sur le repas de la veille, ou de le distraire un peu, en lui caressant la nuque. Les soldats avaient compris que le mot: marraine, n'était pas spécialement réservé à la mère Soupe. C'était un cri d'appel. Dans le langage chat: Ma-rr-aine, signifie: «Où es-tu? Viens donc!» et exprime aussi bien la détresse que l'amitié inquiète. Pour Ratu, Marraine, c'était Fiquet, quand Fiquet n'était pas là, mais c'était aussi le déjeuner, quand le déjeuner tardait un peu trop.
Quand on se fut installé dans la tranchée, Ratu y prit bien vite ses petites habitudes: il savait grimper le long du clayonnage de branchages tressés, qui tapissait les parois, pour aller explorer les environs. Et un jour toute l'escouade fut en émoi, car Ratu ne rentrait pas. Les guetteurs furent priés de regarder dans leurs périscopes, et de guetter, en même temps que les Allemands, le retour d'une petite tache noire, si chère à la 2e escouade.
—«Le voilà!» s'écria quelqu'un.
—«Il va se faire tuer, il galope vers nous sans se cacher derrière les buissons! Il n'utilise pas les accidents de terrain, comme le veut la théorie du service en campagne!»
—«Tu en vois, toi, des buissons et des accidents de terrain? Tout est haché entre les boches et nous. Il n'y a qu'à courir vite, et Ratu s'en acquitte bien: Regarde comme il trotte!»