—«C'est égal! Si les Boches le voyaient!»

Les Boches l'avaient vu: quand Ratu était bien près d'atteindre sa tranchée, une balle fit jaillir la terre tout à côté de lui...

Ratu s'est arrêté net. Il tend l'oreille, regarde l'endroit où la balle est tombée; il éternue, gratte un peu la terre, fait son petit besoin,... et se remet à trotter, la queue en l'air. Et désormais Ratu n'eut plus peur de rien. Il avait reçu le baptême du feu, ayant eu l'honneur d'une balle, spécialement tirée pour lui.

Dans la tranchée, on était dans la joie. Le sang-froid de Ratu, son mépris pour le danger flattaient l'orgueil de tous ses compagnons d'armes.

—«Croyez-vous qu'il est brave! s'écriait le caporal Bigeois,—sous les balles, au nez des Boches, il fait ses petites affaires avec tranquillité! Quel Ratu!»

—«Mais regardez donc, caporal! qu'est-ce qu'il nous rapporte dans sa gueule?»

Ce que c'était?—C'était un bouchon de bouteille de Champagne, que Ratu rapportait au péril de sa vie, de la tranchée boche. Il le déposa fièrement aux pieds de Fiquet, attendant les compliments, qu'il avait conscience de n'avoir jamais mérités comme ce jour-là.

Ce fut un éclat de rire qui l'accueillit.