Ensuite, des athlètes en caleçons firent de mirobolantes acrobaties, et vint le tour des chanteurs. Les uns savaient chanter, les autres ne savaient pas. Ils eurent tous énormément de succès. Les refrains étaient répétés en chœur, c'était magnifique.
Le bon Colala tint absolument à être du concert:—«Moi, savoir chansons Sinigal! Beaux chansons! Beaux tam-tams! Bamboulas jolies!»—Pour se mettre en costume national, il voulut se déshabiller. On lui fit comprendre qu'il ne pouvait pas mettre le costume complet, par respect pour les officiers. Alors il s'affubla de restes de plumeaux, se fit un jupon de mouchoirs à carreaux obligeamment prêtés par les camarades, et prenant pour tam-tam une vieille bassine, il commença une interminable chanson indigène, entrecoupée de «Kéou, toubabs!» (bonjour, blancs!) et de danses étranges, piétinements rythmés, accompagnés de cris stridents et modulés. La commère ne put se tenir de lui faire vis-à-vis, et la bamboula devenait frénétique et gagnait les spectateurs, quand, à la porte de la grange, un soldat parut, un peu pâle, et s'écria:
—«On vient de téléphoner: les Boches attaquent, les nôtres demandent du renfort!»
Tout le monde bondit au dehors: le Kaiser, le clown, les acrobates, la commère, Colala, Ratu, les officiers, le public, chacun regagnait sa cagna, prenait ses armes, son sac, et se harnachait tout en courant. Je vous assure qu'on ne perdit pas de temps; comme on était, on vola au secours des camarades: les athlètes tâchaient de remettre leurs pantalons en marchant, Colala s'efforçait de sangler son sac qui glissait sur sa peau nue, la commère oubliait qu'elle avait des poireaux sur la tête, et le bras du Kaiser avait repoussé. Quant au clown, il criait:—«Les Boches vont me prendre pour le choléra, je vais leur fiche la frousse, rien qu'avec ma figure de massacre!»
D'un saut, Ratu avait pris sa place de combat dans la musette de Fiquet. Il ouvrait de grands yeux, s'étonnant, puis s'inquiétant de ce qu'il entendait: quels bruits étranges volaient de toutes parts, quels coups sourds ou déchirants faisaient sauter son cœur? Pourquoi Fiquet ne s'arrêtait-il pas de courir? C'était désagréable d'être secoué si longtemps. Fallait-il avoir peur de ce tintamarre, ou se rassurer? Peut-être était-ce le concert qui continuait. En somme, le principal, pour Ratu, c'était d'être avec Fiquet, tout contre lui, entourés des camarades de l'escouade, dont il reconnaissait les voix: