La vieille femme avait tourné son visage vers les soldats:
—«Bon! c'est des Français!» dit-elle.
—«Bien sûr! dit Roblin.—On n'est pas des Boches!»
—«Dame! reprit la femme,—en entendant descendre les marches, je me demandais qui allait entrer: amis ou ennemis? mes enfants ou mes assassins?»
—«Vos enfants?»
—«Tous les soldats français sont un peu mes enfants. Je suis une vieille maman dont les deux fils ont été tués dès le début de la guerre. Tous les soldats allemands sont donc mes assassins.—Voyez ce qu'ils ont fait de mon pauvre village!»
—«Pourquoi y restez-vous?»
—«A quoi bon fuir? Pour sauver quoi? Je ne suis plus bonne à rien. Je n'ai plus rien. Autant finir ici, parmi les ruines de ma maison, où sont nés mes enfants.»
Le chat semblait avoir compris. Était-ce un peu de soupe qu'il sollicitait? Était-ce pour rappeler à la bonne vieille qu'elle n'était point toute seule, et qu'il lui restait un ami? Toujours est-il que, debout sur ses pattes de derrière, s'appuyant de ses pattes de devant au bras de sa maîtresse, il lui frottait le menton de sa petite tête intelligente et caressante.