—Je ne sais pas....

... Nancy s'allume lentement. Derrière chaque lumière qui tremble, on croirait voir aussi trembler des âmes.

—Je me sauve.... Je raterais mon train.... Adieu, vieux Charles....

... Sans se retourner, il descend l'étroit sentier. Je reste longtemps à deviner sa silhouette, petite, toute petite ... dans la nuit bleue qui joue à travers les pins noirs....

[XXI—CHIGNOLE ÉCRIT A VIEUX CHARLES.]

Dépôt de ....

Je profite de la pause, vieux Charles, pour causer un peu avec toi. Imagine un terrain pierreux qui serait tartre pour l'aviation. Il est entouré de courtes futaies, sauf sur un côté où une carrière à pic fait belvédère sur la vallée—une supposition, la terrasse de Saint-Germain. De ce coin-là, on découvre une assez jolie vue: des champs à la terre brune, où de larges sillons sont gravés; une ferme avec son pigeonnier blanc; une église dont le clocher penche, et des meules coiffées de travers. Tout cela, dans le petit jour, paraît rapetissé, simplifié, comme les jouets d'André Hellé, que tu m'as montrés sur un catalogue d'étrennes.

Pas besoin de te le dire, j'ai quitté mon uniforme fantaisie pour une capote trop courte et une culotte trop grande, en attendant «ma collection de guerre»; seulement, j'ai cousu les ailes à ma manche; on m'a charrié, mais tant pire!

Un mot sur mes nouveaux camarades; ce sont des blessés maintenant guéris, des récupérés comme on les appelle, et des mômes de la jeune classe, de la mienne.

Ils sont bons vieux, mais pas déssalés; je m'emploie à les mettre au point; puisqu'on doit vivre ensemble, il vaut mieux qu'ils prennent mes habitudes que moi les leurs.