—Rien de cassé, mon gros!... Ça n'est rien que ça!

—Et toi?

—Rien.... Tu demandes si je suis verni! Je me suis reçu sur la tête.... C'est le casque qui a tout pris.

... Une paysanne, accourue, apporte un cordial. Ça va mieux.... Une bonne nuit, quelques massages, demain il n'y paraîtra plus rien.

Nous nous laissons entraîner par les témoins de l'accident au village voisin, mais auparavant nous restons à contempler l'amas de toile, de câbles et de ferraille qui fut notre oiseau de combat.

Pendant les quelques mois où nous l'avions monté, il avait été notre compagnon-fidèle. Sans défaillance, de jour et de nuit, il nous avait permis de semer la panique sur les villes ennemies, dans de justes et nécessaires représailles, et celui que malgré ses blessures les Boches n'avaient pu descendre, était venu s'effondrer en terre française, à la suite d'un accident banal, victime du brouillard, de la malchance.

Aussi, en le quittant, il nous semblait qu'un peu de notre âme restait pour toujours dans sa carcasse brisée, et nous avons pleuré ... oui pleuré, notre grand oiseau mort!...

[XIV—CHIGNOLE SE CROIT A WATERLOO.]

Au premier jour favorable, nous devons tenter un grand bombardement sur les usines d'un des centres les plus importants de la «Badische Anilin», près du Rhin.

Ce raid constitue, aller et retour, quatre cent cinquante kilomètres; il a été spécialement confié à notre escadrille, avec d'alléchantes promesses au cas où nous le réussirions. Nous sommes très fiers de l'honneur qui nous est ainsi fait, et les préparatifs se poursuivent avec fièvre.