— Elle est d’ailleurs tellement dévouée !

— Parbleu !

Et cette fois encore, le prince, amusé, avait répliqué :

— Tu crois ?

A ce moment Madeleine s’était montrée, et elle avait surpris le sourire railleur qu’échangeaient les deux hommes.

XIII

Quoi qu’en dît le prince à ses moments de méchante humeur, il s’accoutumait à son ange, et déjà il n’aurait pas consenti à s’en passer. Il lui arrivait, après une heure de causerie avec Osterrek, qui pourtant excellait à le distraire, de lui dire :

— Henri, je t’ai assez vu. Envoie-moi la petite et va te promener.

La « petite » arrivait, gardant, malgré l’accoutrement d’infirmière laïque, son air discret, son allure effacée de béguine. Et la conversation commençait. A dire vrai, le prince avait beaucoup moins envie de causer que de taquiner son ange. Nulle femme, fût-elle désirée, fût-elle aimée, n’avait jamais échappé à son goût de ce qu’Osterrek appelait « la banderiller ». A cette envie perverse se mêlait le besoin d’une société féminine, qui survivait au désastre de la chair et à la mort du désir. Tout cela entremêlé, et, comment dire ? velouté par l’obstination de plaire, de conquérir, de soumettre la victime à un esclavage passionné.

Or, cette fois, et pour la première fois, Paul « banderillait » un sujet dont nulle piqûre ne semblait effleurer, non pas la sensibilité, mais l’amour-propre. Il pouvait faire perler des larmes aux cils de Madeleine : il ne pouvait ni l’irriter, ni même provoquer sa bouderie. Pareillement, aucune habileté de questionnaire ne lui faisait dire ce qu’elle croyait devoir taire. Elle s’en excusait, elle en semblait mortifiée ; mais on sentait que la torture n’aurait point fait passer le rempart de ses lèvres à des mots, à des secrets qu’elle voulait retenir.