— Non, bien sûr, fit Stéphanie désarçonnée. Je songe à la famille royale, à votre pays qui vous aime.
En prononçant ces paroles, elle se gourmandait intérieurement : « Qu’est-ce que j’ai à être si maladroite ? Je ne sais plus ce que je dis. »
Le Prince la tira d’embarras en parlant à son tour, parfaitement libre d’esprit, sauf l’angoisse sensuelle qui pointait en lui : « Voudra-t-elle ? » Le reste ne lui importait guère. Son égoïsme n’avait aucun besoin de Stéphanie prolongeant sa présence, puisque Madeleine était là.
— Ma chère amie, dit-il en lui prenant une main dans les siennes (la main captive demeura inerte), nous n’en sommes pas à jouer l’un contre l’autre au plus habile. Parlons franchement : vous n’arrivez pas de si loin pour me proposer d’être mon infirmière.
— Vous en avez une, fit Stéphanie qui retira sa main.
Il se méprit, lui si délié, à ce geste. « Tiens ! pensa-t-il, elle est jalouse. » C’était exact, mais d’une jalousie toute spirituelle qu’il ne pouvait soupçonner.
— Je pense, dit-il assez pauvrement, que vous ne faites pas de comparaison ?
Elle haussa les épaules, consciente désormais de mener le jeu. « Il n’a pas changé », pensa-t-elle. La sensation d’être désirée par ce malade lui fut physiquement pénible. Mais elle dissimula. « D’ailleurs, pensa-t-elle, Osterrek m’a assuré que je n’ai rien à craindre. »
Sentant une résistance dont la cause lui échappait, Paul fut prêt soudain à payer n’importe quel prix pour contenter son envie. L’instant lui parut propice à la mise en scène qu’il avait méditée à l’avance.
Il se leva, alla presser le bouton d’une sonnerie.