« Voilà qui est plaisant, pensa-t-il (car il ironisait volontiers avec lui-même). Celle-là aussi veut me convertir ?… »
Mais la raillerie qui transperçait dans ses yeux ne rebuta pas la missionnaire.
— Paul, reprit-elle d’un ton fervent, j’ai été votre compagne dévouée, et je vous ai quitté avec désespoir. Je ne suis plus dans le monde ; je ne suis plus de cette terre. Vous ne pouvez pas m’en vouloir de chercher à vous posséder au delà de la vie !
Sa déception, qui était amère, le rendit cruel. Il déclama à demi-voix :
— « C’est peu d’aller au ciel, je veux y conduire. » Polyeucte, acte IV… Je ne sais plus le numéro de la scène…
Il la détesta un instant, et balança s’il n’allait pas sonner et la faire reconduire. Mais elle tentait de plus en plus son appétit sensuel, et chaque obstacle, chaque déconvenue poussaient la tentation vers son paroxysme. Il vécut alors une de ces minutes où un homme de son tempérament est prêt à livrer tout pour qu’une femme dise : Oui !
— Je crois vous comprendre, reprit-il d’un ton volontairement adouci. Et… tenez !… je vous épargne des précisions qui vous gênent. Vous désirez d’abord, je suppose, que votre premier mariage soit rompu à Rome et que le nôtre soit ratifié selon votre culte ?
— Non ! Non !…
Elle n’avait pas pu se taire, tant la convulsait l’idée de reprendre la vie conjugale.
— Alors, répliqua Paul dépité, je ne vous comprends plus.