Elle essaya de corriger son imprudence. Penchée sur Paul et lui tenant la main, elle balbutia :
— Notre mariage ne vous a causé que des déboires, dont je m’accuse et dont je vous demande pardon. Ne ravivons pas la curiosité du monde et les soucis de votre famille.
Elle balbutiait péniblement ces paroles confuses, dont elle déplorait au même instant la misère, quand une sorte d’illumination intérieure la traversa : elle crut comprendre quel sacrifice momentané exigeait d’elle le salut de ce mourant.
— Paul, je suis prête à demeurer auprès de vous, afin de vous conduire à ce rachat de vous-même auquel j’ai voué ma vie.
« Ah ! pensa le prince… Elle y vient ! »
Frémissant d’un émoi dont elle ne sut pas mesurer la violence, tant la vie claustrale l’avait glacée, il approcha sa bouche de son oreille et murmura dans un halètement :
— Et ce sera entre nous… comme avant ?
Il commençait de l’enlacer avec ardeur, mais sans brutalité. A ce contact, elle reconnut enfin le heurt de ce désir viril dont elle se croyait préservée. Elle parvint à se maîtriser… elle espérait encore. Mais, comme il cherchait ses lèvres et que la fièvre de cette haleine l’obsédait, elle se délivra. Debout, hagarde, ses gestes et ses paroles devinrent la proie de l’instinct. Une seule idée dans sa tête : écarter l’homme, se sauver de lui. Elle ne freina même pas sa parole.
— Comme avant !… Cette boue ! cet enfer !… Grâce à Dieu, j’en suis sortie ! Il ne permettra pas que j’y retombe !
La rudesse du choc laissa un instant le prince abattu sur le divan comme un mannequin inerte. Puis, de nouveau, il la détesta, d’autant plus qu’il se méprit sur la cause de sa défaite. Quand il put cracher son amertume en paroles entrecoupées :