Il reposait à présent. Elle mit silencieusement le lit bien en ordre ; puis elle traça du pouce droit, sur le front du malade, les deux traits perpendiculaires de la croix. Ensuite, elle éteignit la lumière des ampoules, et, à la lueur de la veilleuse, gagna sa couche, où elle s’étendit, parée à toute alerte.
Le lendemain, au cours de la matinée, il attira contre lui la tête de la jeune fille et l’étreignit tendrement, sans l’ombre de perversité.
— Hier, lui dit-il, tu m’as fait beaucoup de bien, et moi, je t’avais fait du mal. Pardonne-moi. Je ne vaux rien… et puis, je suis malade et persécuté. Je n’ai plus que toi au monde. Je ne veux plus voir que toi. Ne laisse entrer personne !
Elle eut assez de peine à le convaincre qu’il ne devait pas fermer sa porte au comte Osterrek.
— Celui-là vous aime à sa manière, mais il vous aime fidèlement.
Maintenant elle le gouvernait. Il consentit à le recevoir quelques instants, après la visite du médecin : son humeur était adoucie parce que Burcart, le trouvant en meilleur état, lui avait permis de se lever.
Le prince s’amusa de l’air embarrassé de son camarade. Il s’obstina à lui parler de tout, sauf de Stéphanie, comme s’il tenait pour inexistante la rencontre de la veille. Et le comte lui demandant ses ordres pour la journée :
— Mon vieux, lui dit-il, je veux qu’on me laisse vivre aujourd’hui une vie végétative ; je ne veux parler à personne ; je ne veux voir personne que l’ange. Si tu as une communication à me faire, demande l’ange.
La figure bilieuse du comte se crispait, et son maître vit dans le coin de ses paupières fripées quelque chose d’humide qui reflétait la lumière.
— Ne te chagrine pas, vieux camarade, lui dit-il. Je te connais, et je sais que toi, au moins, tu n’essayeras pas de me faire du mal exprès.