Elle fit signe que oui.

— Eh bien !… dispose de moi selon ton cœur.

XIX

De nouveau, le malade est étendu dans son lit. Il ne se lève plus, et il ne demande plus qu’on le lève. Aggravation de son mal ? Usure ? Non. Retour à son état véritable. Une violente passion a ramassé dans ce corps ce qui demeurait de forces éparses. Dépensées plus lentement dans le jour à jour d’une vie chétive et sans ardeur, ces mêmes forces ne l’auraient pas sauvé.

Il ne souffre pas et son humeur est calme. L’ange est auprès de lui, redevenu ange. Rien de changé dans leurs apparences : mais elle n’a plus d’angoisse ni d’émoi, et lui n’a plus de désir. Entre eux, dans la gravité de ces heures, la communion de l’amour, loin de se relâcher, se fait plus étroite. Et dans le sens originel et absolu du mot, ils « se comprennent » enfin, c’est-à-dire qu’ils s’absorbent l’un l’autre.

Le médecin vient chaque jour, ausculte attentivement la base des poumons et le cœur, exhorte le malade, s’il ne peut se lever, à rester le plus possible assis sur son lit. Puis, d’un ton qu’il s’efforce de rendre cordial :

— Monseigneur, dit-il, c’est une question de patience. Nous voilà dans une période stationnaire… Mais tout ce que nous avons acquis reste acquis.

Et il s’en va, souriant, sans que Madeleine l’accompagne.

Le comte Osterrek vient aussi chaque jour visiter son royal camarade. Le prince lui fait bon accueil. Mais, comme on lui interdit de parler trop, l’entrevue ne dépasse guère une demi-heure. Une fois, le prince a demandé :

— La comtesse d’Armatt a-t-elle quitté la ville ?