Maintenant, devant la tombe fleurie, sa désolation devenait insupportable. La force de prier lui manqua peu à peu. Une tentation de désespoir, presque de révolte, la redressa. Elle sanglota debout, dans ce cimetière vide, éclatant de soleil. Elle sanglota comme une enfant châtiée… « Ce n’est pas juste, pensait-elle. Non. Ce n’est pas juste !… » Ses muscles fléchissants la soutenaient à peine, et ses pleurs, après tant de pleurs versés depuis qu’elle avait revu son amant, dissolvaient les derniers vestiges de sa beauté.

Elle tressaillit tout à coup, au rappel d’une sensation qui la reportait à cinq mois vers le passé. Deux doigts, venus de derrière elle, se posaient comme alors sur son poignet et lui communiquaient pareillement une volonté à la fois impérieuse et calmante. Elle se retourna ; l’émotion lui ôta la possibilité de prononcer même un nom. Devant ses yeux — effaçant la vision belle et touchante qu’ils gardaient de l’infirmière entrevue, — surgissait une petite forme noire à coiffe blanche, exactement la même qui, sur le seuil du corridor aux « Silence ! » lui avait fait le même attouchement.

La petite nonne dit :

— Prions !

Stéphanie ne se déroba point. Agenouillées côte à côte, la pécheresse sentit comme naguère, à travers leurs vêtements, la chaleur de l’ange la pénétrer. Et elle ne sut pas si c’était elle-même ou si c’était Madeleine qui murmurait :

« Nous vous rendons grâce d’avoir accordé à nos prières la pieuse fin de celui que nous aimons. Tant que nous vivrons, nous ne cesserons de vous implorer pour que vous le receviez dans votre repos. »

Elles se relevèrent. Madeleine soutint le regard anxieux de Stéphanie qui hésitait à parler. Elle se décida :

— Madeleine, j’ai le cœur troublé… Laisse-moi te poser une question.

Madeleine, sans répondre, exprima par l’attention de tout son visage qu’elle écoutait.

— Moi, dit Stéphanie, je n’ai pas consenti et j’ai été exclue. Toi, tu as consenti, et l’as sauvé. Est-ce juste ?