Là, Madeleine, cessant de lire, releva les yeux : son regard gris-bleu rencontra celui de Stéphanie… « Ah ! pensa celle-ci, des yeux pareils ne mentent point ! Cette enfant ne me surveille pas ! ne me trahira pas… Elle m’aime… »
D’un de ces brusques élans que sa nature violente contenait avec peine sous une apparence de froideur mondaine, elle quitta sa chaise et, prenant dans ses mains la tête de la jeune fille, elle la baisa au front.
— Madeleine, dit-elle, il ne faut pas m’abandonner.
Madeleine répondit gravement :
— Quand je vous quitterai, c’est que vous n’aurez plus besoin de moi.
Cependant les heures lentes naissaient et mouraient l’une après l’autre. Et le troisième matin, vers dix heures et quart, ce fut la fin de l’épreuve.
— Si vous voulez, dit Madeleine à Stéphanie, je vais vous conduire chez le Père Orban. Il aime l’exactitude. Plutôt que d’être en retard, nous attendrons devant sa porte le coup de dix heures et demie.
III
Madeleine frappa à la porte. Au lieu du : « Entrez » qu’inconsciemment guettait Stéphanie, une voix un peu voilée, mais sonore, répondit :
— Oui !