Madeleine entre-bâilla la porte, juste assez pour avancer le buste et la tête et dit :

— Mon père, c’est la dame retraitante.

— Qu’elle entre.

Et voilà que Stéphanie fut assise dans un fauteuil de paille assez confortable, très large de siège, avec un dossier rustique bien ciré et des accoudoirs plats. Le jour, qui venait du parc, était verdi dans la pièce par la peinture vert clair des murailles sur lesquelles la fenêtre, la porte et une alcôve close de rideaux en percale découpaient des moulures d’un vert plus foncé. Stéphanie vit très nettement cela, et aussi deux gravures pieuses pendues au mur, un crucifix avec un buis desséché. Elle ne vit pas, parce qu’elle n’osa pas d’abord se servir de ses yeux pour le voir, le Père Orban assis dans son fauteuil de chêne massif devant un bureau-cylindre de chêne massif. Le Père Orban ne s’était pas levé tout à fait pour l’accueillir ; il avait seulement ébauché le geste et montré un siège à la visiteuse. Elle ne l’avait pas encore regardé en face quand elle l’entendit qui lui disait, d’un ton où ne se marquait ni bienveillance ni malveillance, d’un ton de fonctionnaire désintéressé mais attentif :

— Vous êtes Madame de Baurens, n’est-ce pas ?

Elle avait tellement perdu la coutume de s’entendre appeler ainsi qu’elle hésita un moment avant de balbutier :

— Oui… c’est-à-dire… C’est le nom que je portais…

Le Père l’interrompit.

— C’est le nom que l’Église catholique a inscrit sur ses registres quand vous vous êtes unie, dans votre ville natale, paroisse de Saint-Elme, à Jean-Marie Roart de Baurens, consul royal.

Stéphanie baissa un peu la tête, sans que ce mouvement ébauché signifiât distinctement l’acquiescement ou la confusion.