Elle écoutait avec soumission, étonnée d’être si vite en confiance avec ce prêtre inconnu, d’un abord rude, de se sentir avide de l’entendre comme s’il détenait le secret d’apaiser son cœur tumultueux, de lui tracer un chemin, de la conduire.
— Voulez-vous me dire d’abord, reprit-il, les conditions exactes dans lesquelles vous avez rompu votre premier mariage et contracté le second ?
— Mais… répliqua Stéphanie, j’ai demandé le divorce et il a été prononcé par le Tribunal aux torts de mon mari. Nous étions séparés de fait. M. de Baurens, quelques semaines après notre mariage, avait renoué une vieille liaison… C’est pour cela que j’ai pris la première occasion de le quitter sans scandale, à l’amiable, en partant pour l’étranger. L’occasion, ce fut… La femme du ministre de Suède me connaissait, nous étions très liées… Elle avait une grande fille à élever. Elle m’offrit de la suivre partout où elle irait avec son mari.
— Comme institutrice ?
— Comme institutrice de sa fille Gertrude, et aussi pour l’aider dans la conduite de la maison — elle souffrait de coliques néphrétiques et souvent devait observer un plein repos… Puis, enfin, comme amie…
— Et c’est ainsi que vous avez finalement rencontré…?
— Oui.
— Et malgré la situation… honorable… mais enfin… secondaire qui était la vôtre, le prince héritier vous a remarquée ?
— Il m’a vue pour la première fois à la Légation de Suède, dans un bal… Il m’a fait danser à plusieurs reprises… Et ensuite, il est revenu très souvent chez mon amie… chez la femme du ministre.
— Et celle-ci a protégé vos relations avec lui ?