— Notre fiancé divin, répliqua-t-elle, nous trouve ainsi à son goût.

Et elle ajouta en faisant sonner le clair métal de son rire :

— Il sait, lui, qu’il y a des cheveux dessous.

— Et vous n’avez pas le droit de l’ôter ?

— Comment, pas le droit…

D’un franc geste de jeune fille, elle dénoua les brides, enleva la coiffe. Geste si prompt que les cheveux, délivrés, s’éparpillèrent sur ses épaules. Son visage et toute sa personne en parurent aussitôt transformés : dans la pâle auréole de ces boucles défaites, le visage aux traits menus se composa, pour ainsi dire, et les yeux couleur de poussière accusèrent leur reflet bleuâtre. Elle continuait de rire, amusée par le sérieux de Stéphanie, qui la regardait ainsi transfigurée.

— Mais, dit celle-ci, savez-vous que vous êtes jolie, Madeleine ?

La jeune fille, qui déjà remettait sa chevelure en ordre et la cachait de nouveau sous la coiffe, haussa les épaules :

— Je suis une paysanne de chez nous, dit-elle. Nous nous ressemblons toutes, des deux côtés de la rivière : une frimousse de chat et beaucoup de cheveux blonds… Mais il y a ici des sœurs qui sont vraiment de belles créatures de Dieu.

Elles furent enfin si fraternelles que la pénitente osa parler à sa monitrice de la minute d’extase surprise dans la chapelle froide. Madeleine n’en fut nullement gênée. Elle conta que, depuis son enfance, elle se sentait parfois, lorsqu’elle priait, entraînée peu à peu hors d’elle-même, dans un élan de demi-conscience, « comme lorsqu’on va s’endormir ou quand on a respiré trop d’odeurs de fleurs », puis qu’à cet état demi-conscient succédait un autre état de pleine lucidité, concentrée sur une seule idée, ou sur une seule image, idées et images toujours empruntées à la vie spirituelle.